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Histoire des jeux, jouets d'autrefois et culture ludique

Le Mancala, le jeu de comptage le plus joué au monde

Avatar de Capucine Delaroche-Vannier

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Il n’a pas de fédération internationale, pas de championnat médiatisé en Europe, et pourtant le Mancala revendique, selon de nombreux spécialistes du jeu, le titre de famille de jeux la plus jouée au monde en nombre de parties disputées chaque jour.

Une famille de jeux plutôt qu’un jeu unique

Le terme Mancala désigne en réalité un ensemble de jeux traditionnels apparentés, pratiqués en Afrique, en Asie du Sud, dans les Caraïbes et dans certaines régions d’Amérique du Sud. Tous reposent sur le même principe : deux joueurs distribuent des graines, des cailloux ou des coquillages dans une série de cuvettes ou de trous creusés à même un plateau de bois, de terre ou parfois directement dans le sol.

Les règles varient sensiblement d’une variante à l’autre, mais la mécanique de fond reste comparable, ce qui vaut aux jeux de la famille Mancala d’être classés par les spécialistes dans la catégorie des jeux de comptage et de capture, où la victoire dépend moins du hasard que d’une gestion précise du nombre de graines déplacées à chaque tour.

Des origines qui remontent à l’Afrique de l’Est

La plus ancienne référence écrite connue au Mancala figure dans un texte arabe du Xe siècle, mais les indices archéologiques suggèrent une origine plus ancienne encore, en Afrique de l’Est, dans les régions actuelles de l’Éthiopie et de l’Érythrée, autour des VIe et VIIe siècles, à l’époque du royaume aksoumite. Depuis ce foyer supposé, le jeu se diffuse selon deux grands axes : vers l’est, porté par les marchands arabes le long de l’océan Indien, et vers l’ouest, en suivant les routes commerciales de la vallée du Nil et les mouvements de populations pastorales à travers le continent africain.

Cette double diffusion explique la variété impressionnante des noms locaux du jeu : l’awalé en Afrique de l’Ouest, le bao en Afrique de l’Est, le toguz korgool en Asie centrale, le pallankuli en Inde du Sud, ou encore le congkak en Indonésie. Chaque région a adapté le nombre de trous, la quantité de graines de départ ou les règles de capture, sans jamais renoncer au principe fondateur du comptage et de la redistribution.

Un jeu sans grand plateau ni pièce précieuse

Ce qui distingue le Mancala d’autres jeux anciens que nous racontons dans cette rubrique, comme le Senet égyptien ou le Jeu royal d’Ur, c’est son absence quasi totale de faste matériel : la plupart des plateaux traditionnels sont en bois simple, quand ils ne se réduisent pas à des trous creusés dans la terre battue, et les pièces se résument à des graines ou des cailloux ramassés sur place. Cette économie de moyens n’a jamais empêché le jeu de se transmettre avec une remarquable stabilité culturelle, au point d’occuper en Afrique une place comparable à celle des échecs dans la culture occidentale, un parallèle que dresse d’ailleurs plus d’un historien du jeu.

On retrouve cette humilité des matériaux dans beaucoup de jouets et de jeux populaires que raconte notre rubrique Jouets d’autrefois, où la simplicité de fabrication n’a jamais été un obstacle à la longévité d’un jeu, bien au contraire : moins un objet est fragile ou coûteux à remplacer, plus il traverse facilement les générations.

L’article « Mancala » de Wikipédia détaille les principales variantes régionales et les hypothèses archéologiques sur l’origine est-africaine du jeu.


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