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La Nef des Jouets, un musée du jouet dans une ancienne église de Dieppe

Avatar de Capucine Delaroche-Vannier

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Il existe des musées dont le contenant raconte presque autant que le contenu. La Nef des Jouets, installée à Dieppe dans un édifice religieux désaffecté, appartient à cette catégorie rare de lieux où l’architecture d’origine continue de dialoguer avec ce qu’elle abrite aujourd’hui.

Une ville portuaire chargée d’histoire

Dieppe, sous-préfecture de la Seine-Maritime en Normandie, compte parmi les plus anciennes villes portuaires françaises tournées vers l’Angleterre, avec une longue tradition de commerce maritime qui a façonné son architecture comme ses habitudes urbaines. C’est dans ce tissu urbain marqué par plusieurs siècles d’histoire religieuse et commerciale que s’inscrit la reconversion d’une ancienne église en musée du jouet, un geste patrimonial qui donne une seconde vie à un bâtiment qui aurait pu, comme tant d’autres édifices religieux désaffectés, rester vide ou disparaître.

Le choix de consacrer un tel lieu au jouet ancien plutôt qu’à une thématique plus attendue, art sacré ou histoire locale par exemple, tranche avec l’usage habituel réservé à ce type de bâtiment reconverti. Il transforme un espace pensé pour le recueillement collectif en un parcours plus intime, centré sur l’enfance et ses objets, sans que la solennité du lieu d’origine n’en soit pour autant effacée.

Ce type de reconversion pose toujours la même question à ceux qui la mènent : comment installer des vitrines, un éclairage adapté et un parcours de visite cohérent, sans dénaturer l’architecture d’un bâtiment souvent classé ou du moins protégé au titre du patrimoine local ? La réponse passe généralement par une scénographie qui respecte les volumes existants plutôt que de chercher à les masquer, une contrainte qui devient, entre les mains d’un concepteur attentif, un atout esthétique plutôt qu’un obstacle.

Une architecture qui change le regard porté sur les objets

La nef d’une église, avec sa hauteur sous plafond et sa lumière filtrée par de hautes ouvertures, offre un cadre d’exposition très différent de celui des salles basses et cloisonnées qui accueillent habituellement les collections de jouets anciens. Les vitrines installées dans un tel espace bénéficient d’une mise en scène presque naturelle, où chaque objet, aussi modeste soit-il, gagne en présence simplement grâce au volume architectural qui l’entoure.

Cette scénographie particulière rejoint une tendance plus large de reconversion du patrimoine religieux en France, où de nombreux édifices désacralisés trouvent une nouvelle fonction culturelle plutôt que de rester à l’abandon. Le musée du jouet de Dieppe s’inscrit dans ce mouvement, en misant sur le contraste entre la fonction première du lieu et sa vocation actuelle pour surprendre le visiteur dès son entrée.

Une collection tournée vers l’enfance d’hier

Les collections rassemblées dans ce cadre inhabituel couvrent plusieurs générations de jouets anciens, des poupées aux jeux de construction en passant par les jouets mécaniques, dans une logique de mémoire plus que de démonstration technique. La proximité de Dieppe avec l’Angleterre, de l’autre côté de la Manche, a d’ailleurs longtemps favorisé une circulation de jouets et de modes venues d’outre-Manche, une influence que l’on retrouve dans plusieurs pièces normandes de ce type de collection, qu’il s’agisse de jouets mécaniques à ressort ou de jeux de plateau dont les règles imprimées mêlent encore parfois le français et l’anglais.

Le port de Dieppe a longtemps servi de point de passage à ces échanges transmanche, bien au-delà du seul commerce du jouet : c’est par ce même trajet que circulaient, aux siècles précédents, marchandises, modes vestimentaires et parfois objets de collection destinés aux familles bourgeoises normandes soucieuses de suivre les tendances venues de Londres. Cette porosité culturelle explique en partie pourquoi certaines pièces conservées dans la région présentent des influences si nettement britanniques, alors même qu’elles ont été fabriquées ou assemblées en France.

Ce lien entre patrimoine religieux réaffecté et mémoire du jouet n’est pas isolé sur le territoire français : d’autres petites villes ont fait des choix patrimoniaux comparables pour préserver des collections privées ou associatives qui, sans un tel geste de sauvegarde, auraient pu se disperser. Pour prolonger cette exploration des lieux consacrés à l’enfance ancienne, notre rubrique Jouets d’autrefois raconte en détail plusieurs de ces objets, du cheval à bascule aux poupées de la maison Jumeau.

L’article « Dieppe (Seine-Maritime) » de Wikipédia détaille le patrimoine architectural et culturel de la ville, dans lequel s’inscrit cette reconversion muséale.


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